Avant le début du procès en première instance du policier Rabah Souchi, au tribunal de Lyon le 11 janvier 2024 ( AFP / JEFF PACHOUD )
Un commissaire condamné en 2024 pour avoir ordonné une charge qui a grièvement blessé une septuagénaire lors d'une manifestation de "gilets jaunes" interdite, à Nice en 2019, est rejugé en appel mercredi à Lyon.
La victime, Geneviève Legay, 80 ans, a été accueillie à son arrivée au tribunal par une trentaine de militants de l'association altermondialiste Attac qui avaient déployé une banderole: "Justice pour Geneviève Legay et pour toutes les victimes de violences policières".
"J'aimerais qu'on gagne pour que cela fasse jurisprudence pour tous les autres qui n'ont pas de procès", a déclaré à la presse la Niçoise, en référence à d'autres manifestants blessés durant le mouvement des "gilets jaunes".
"En droit, mon client n'a rien fait. Il n'a pas commis d'acte délictuel. Il a donné un ordre et cet ordre a été mal exécuté", a soutenu pour sa part Me Laurent-Franck Liénard, l'avocat du commissaire Rabah Souchi.
L'audience, qui doit durer toute la journée, a débuté vers 09h00. Elle reviendra sur la journée du 23 mars 2019. Ce jour-là, Mme Legay, alors âgée de 73 ans et porte-parole départementale d'Attac, avait pris part à une manifestation non autorisée de "gilets jaunes" dans le centre de Nice.
Les images de cette femme aux cheveux gris entourée de policiers, d'abord debout avec un drapeau arc-en-ciel puis inanimée au sol après la charge, avaient fait des remous, tout comme les efforts des autorités pour tenter de disculper la police ou les propos du président Emmanuel Macron souhaitant "une forme de sagesse" à la septuagénaire.
Victime de multiples fractures, en particulier au crâne, Mme Legay était restée deux mois à l'hôpital. Elle en garde des séquelles: plus d'odorat, ouïe et goût perturbés, 45 séances de kiné pour retrouver un peu d'équilibre et un long suivi psychologique.
En mars 2024, le tribunal correctionnel de Lyon avait condamné Rabah Souchi à six mois de prison avec sursis pour "complicité de violence par une personne dépositaire de l'autorité publique".
L'ancienne porte-parole départementale d'Attac, Geneviève Legay, s'adresse à la presse lors d'un rassemblement devant le palais de justice de Nice, le 8 mars 2024 ( AFP / Valery HACHE )
Il avait suivi les réquisitions du procureur pour qui l'ordre de charger les manifestants "n'était pas justifié ni proportionné ni nécessaire" dans le contexte établi.
Lors du procès, M. Souchi avait assuré que la décision de charger était "la tactique la plus efficace ce jour-là" afin de répondre à l'objectif de dispersion fixé par le préfet. Il avait également accusé le policier qui a bousculé Mme Legay de s'être "détaché de l'action collective".
Il est depuis deux ans directeur adjoint de la police municipale de Nice.
En mai 2024, dans une procédure distincte, le tribunal administratif de Nice avait reconnu l'Etat responsable à 80% des blessures subies par Geneviève Legay, jugeant qu'elles résultaient "directement d'une mesure prise par l'autorité publique".
Il avait toutefois noté que Mme Legay avait "fait preuve d'une imprudence délibérée", lui imputant une part de responsabilité à 20%.

1 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer